On the Edge: Yves Vernin

On the Edge: Yves Vernin

© Yves Vernin. All rights reserved.

Mon vrai sujet, pour l’instant, reste la lumière, les clairs-obscurs, les contrejours et le jeux des ombres. Je voudrais n’avoir pas de style et tout essayer, mais ces caractéristiques sont celles de mon style. 

Q1: Please state your name and occupation. Where do you live?

A: Je vis en France, à Marseille. J’ai une double formation d’ethnologue et de médecin, mais je travaille comme médecin généraliste, aux environs de Marseille.

Q2: Welcome to The One Photo Interview, by the way. Do you know what that means? It mean that you will only have the opportunity to show one single photograph and you will refer to that for the rest of this interview, right? Would that be ok with you?

A: Si j’ai accepté de répondre, je suis bien obligé d’accepter vos règles 🙂

Q3: Any particular reason for taking that picture, Yves?

A: En ce moment, j’aime bien photographier les chiens. Ils ne se préoccupent ni de leur image, ni de leur droit à l’image. Et les gens sont flattés que l’on s’intéresse à leur chien.

Q4: Is this you style of street photography then? Do you think you have a style? If so, what is it?

A: Je suis un néophyte en photo. J’ai fait un peu de photo adolescent, puis j’ai totalement cessé. Je m’y suis remis il y a 3 ans en achetant un petit compact, puis un réflexe. Directement un Canon 5D parce que mon souhait était de photographier des musiciens dans l’obscurité.

Ceci a son importance. Tout d’abord parce que j’ai besoin de faire mes gammes et que j’ai besoin d’assimiler ma technique. Mes photos ne sont qu’une forme d’entrainement. J’essaie de domestiquer la lumière et de trouver des compositions efficientes. Ensuite, comme je suis plutôt timide et que je me promène avec un appareil énorme, presque monstrueux, agressif, je photographie peu les gens. Mon vrai sujet, pour l’instant, reste la lumière, les clairs-obscurs, les contrejours et le jeux des ombres. Je voudrais n’avoir pas de style et tout essayer, mais ces caractéristiques sont celles de mon style. Et je sais que ce sont ces photos qui plaisent…

Q5. Tell me what is street photography? Have you got a definition? Let’s here it!

A: Je ne sais pas. Ce qui est photographié dans la rue, spontanément, sans mise en scène. Le plus souvent avec des gens, mais pas forcément. (Je pense ici surtout à la photo nocturne.)

Q6: Give me some basics. How long have you had an interest in street photography? Do you have any mentors that you have learned from?

A: Comme je l’ai dit, j’ai fait de la photo adolescent, y compris de la photo de rue. Donc mon intérêt est ancien. A l’époque, je regardais surtout les photos de Cartier-Bresson, Koudelka, Davidson, Eugene Smith, Kertész, Doisneau. J’ai totalement cessé après quelques agressions, la dernière par des policiers qui m’avaient enfermé dans le coffre de leur voiture et avait cassé mon appareil pour récupérer la pellicule.

Je me suis remis à la photo il y a trois ans pour envoyer quelques images de mon quotidien à ma copine lorsque je lui écrivais. Petit à petit l’envie est revenue. Les photos que je voyais sur internet m’ont stimulé. Trois photographes qui fréquentent ces pages m’ont particulièrement influencé. Tout d’abord Luboš Zakovič, pour son utilisation du grand angle et ses cadrages dynamiques, Knut pour la précision de ses compositions, l’humanité de son regard et le rendu de ses blancs, enfin Mario Janiszewski.

Q7: Let’s talk about equipment. Some have an almost religious addiction to it. Long lenses, short lenses, rangefinders, non rangefinders, compacts. Leica, Canon, Nikon, analog or digital. What is your opinion of this? What is your preferred gear? Don’t be boring when you answer this, please.

A: Comme je l’ai dit, j’utilise un Canon 5D, Mark II puis III. Mon téléobjectif est un 35 mm. Sinon, j’utilise surtout un vieux zoom 17-35 f 2,8 acheté d’occasion. Il est lourd, usé (les bagues bougent toutes seules si je baisse l’objectif, et le revêtement anti-reflet interne est abîmé en plusieurs endroits, ce qui occasionne un “flare” énorme.) Je pourrais en changer mais les nouveaux zooms sont encore plus gros et lourds et j’ai déjà une tendinite au coude depuis presque un an !

Je me suis acheté un OM-D, mais je l’ai peu utilisé pour l’instant. Et mon fils m’a emprunté mon seul objectif !

Q8: Are there any particular reason why you call yourself a street photographer? Many people picture landscapes, seascapes, birds caved in. Do you take such pictures as well? What I mean to ask is, do you in fact do much parrot shooting in the zoo. Or similar non street themes. Do you?

A:Bien sûr, j’ai dit que j’étais néophyte. J’ai essayé de photographier des insectes et des oiseaux, des concerts, parfois des paysages. Des musiciens et ma famille. Ce que l’on apprend peut s’utiliser dans d’autres domaines. J’ai photographié des cygnes avec des techniques de photo de rue, de très près, au grand angle, en noir et blanc. Ou, dans l’autre sens, ce que j’ai appris à faire dans l’obscurité m’aide pour la photo de rue nocturne.

Q9: Do you know what is the difference between photography and plain picture taking? If so, tell me what it is.

A: Je ne sais pas, c’est toi qui m’expliquera !

Q10: Why do you think that all the best street photos are shot in black & white? How do you explain that?

A: Je ne sais pas si la photo de rue est meilleure en noir et blanc qu’en couleur. Pour moi, elle est plus facile en noir et blanc qu’en couleur, mais j’admire ce que font Alex Webb, Constantine Manos et Raghu Rai en couleur. Souvent les possibilités de photographier en couleur sont limitées par la multitude d’éléments perturbateurs. C’est donc plus le lieu qui donne la possibilité de photographier en couleur alors qu’on peut faire du noir et blanc partout, personnellement surtout en bas de chez moi. Peut-être que la photo en noir et blanc essaie de capter une forme d’essence alors que la couleur s’attache plus aux apparences. Par exemple, lorsque l’on photographie des gens, en noir et blanc, on essaie de capter un visage, une expression ou une attitude, en couleur ce sera l’habit qui primera.

Q11: Do you think that street photography is a serious type of photography. Can anything good come of it? How do you see this?

A: Pour moi, c’est la base de la photographie. On doit se débrouiller avec ce que l’on a, aucune mise en scène n’est possible, il faut voir, être réactif et être polyvalent.

Q12: Are there any value in street photography you think, besides your own enjoyment?

A: Oui, je viens de faire ma première exposition. C’était une exposition sur la femme dans l’espace urbain. Et j’ai bien vu au travers des discussions que la photo peut avoir une dimension politique. Mes photos de femmes musulmanes voilées ont notamment été sources de discussions fructueuses, souvent passionnées. Ceci a renforcé mon sentiment de légitimité de mon travail, parce que c’est difficile pour moi de photographier des inconnus dans la rue, avec parfois un sentiment de vol. L’aspect éthique de cette activité est donc une préoccupation quotidienne.

Q13: Your vision? What is your vision for European street photography? What is the vision for your own photography? I am not going to ask how you see the future, but tell me anyway.

A: Je ne sais pas. Je sors peu de ma ville et je ne sais pas trop quels sont les difficultés rencontrées ailleurs. Je crois que les gens sont de plus en plus susceptibles avec leur images. Certains aiment être photographiés mais voudraient maîtriser cette image, comme des stars. La possibilité du cliché pris sur le vif risque de devenir rare. Pourtant les gens sont filmés tous les mètres dans la rue. J’ai des discussions tous les jours sur la question du droit à l’image, dont certaines personnes ont une idée délirante. Mais vous connaissez tous ces problèmes aussi bien que moi.

Q14: One last question: What is the most important thing with a photograph? With any photograph?

A: Être techniquement prêt à profiter du hasard. Cela sigifie savoir voir et savoir être réactif, mais surtout prévoir l’influence éventuelle de l’imprévu !

Q15: Is it true then that street photography was invented in Europe?

A: Je n’en sais rien. Je connais peu l’histoire de la photographie de rue et suis même incapable de la définir. Mais j’imagine qu’au moins aux États-unis, au Mexique ou Japon, beaucoup de photographes ont fait de la photo de rue depuis longtemps.

Thank you very much, Yves Vernin. Much obliged. Will you see yourself out?

© Knut Skjærven. All rights reserved.
First published March 27, 2013.

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Knut Skjærven

Knut Skjærven is a Norwegian photographer, writer and researcher working out of Copenhagen, Denmark.

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